Paludisme à la Réunion: le congrès des moustiques d’Outre-mer

Difficile de profiter pleinement de ses vacances quand on a le corps couvert de piqûres de moustiques. En effet, le temps des grandes vacances coïncide souvent avec la grande réunion annuelle de minuscules suceurs de sang. Bien que la Réunion (sans mauvais jeu de mots) ait réussi à éliminer la transmission du paludisme en son sein par les moustiques, il arrive que certains cas viennent de l’extérieur. Les touristes parfois mal informés sur la maladie constituent d’excellentes cibles pour ces insectes. Le paludisme possède une longue histoire en Outre-mer et les réunionnais ne l’ont pas oubliée à ce jour.

Incidence du paludisme à l’île de la Réunion

Le paludisme aurait été introduit à la Réunion au 19e siècle par les colons et leurs captifs soumis, infectés par la maladie au cours du voyage. Les mauvaises conditions et l’insalubrité dans les cales des bateaux, ont favorisé l’expansion de la maladie parmi les esclaves et ceux qui les surveillaient. Egalement, sur l’île de la Réunion, on a signalé déjà à cette époque, l’existence de hordes de  moustiques. Par la suite, une première épidémie de paludisme s’est manifestée sur l’île en 1868. Le mal a ainsi persisté jusqu’en 1949 dans la région, désormais déclarée zone à endémie palustre. En vue d’éliminer la transmission du paludisme à la Réunion, un service a été créé en 1914 dans le cadre d’un assainissement total et des désinfections.

En 1946, 32% de la population réunionnaise était soupçonnée d’être impaludée et 26% des réunionnais touchés par le paludisme sont malheureusement décédés de la maladie. Un coup dur pour la démographie de ce département d’Outre-mer. Dès lors, une grande campagne pour lutter contre le paludisme a été lancée de 1949 à 1953. Pour appuyer les efforts des autorités de la Réunion, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a décidé de mettre en place un dispositif de surveillance de l’épidémiologie en 1965. Cependant, en 1975, on a arrêté d’avoir recours au DDT pour la désinfection de l’île des gîtes de moustiques. Le DDT a alors été remplacé par le téméphos. Toutes ces diverses mesures ont permis enfin d’éliminer la transmission autochtone du paludisme sur l’île de la Réunion quelques années plus tard. Ainsi, la Réunion s’est vue récompensée par un comité d’experts de l’OMS, et déclarée débarrassée du paludisme en son sein, en mars 1979. (Source)

 

Cependant, il arrive que des cas de maladie soient importés de pays voisins, ou par des touristes déjà infectés. Cela a été le cas en 2004 où près de 47 cas d’impaludés venus de l’extérieur ont été signalés. Les régions de provenance sont souvent Madagascar, les Comores ou encore Mayotte, ainsi que les pays d’Afrique et d’Asie. Par contre, deux infections palustres autochtones ont été signalées à cette même période.

Les dispositions réunionnaises pour garder le paludisme à distance

Le congrès des moustiques se déroulant chaque année pendant les périodes de chaleur mais aussi de pluie, il faut constamment rester en alerte. En effet, le risque de réintroduction du paludisme est craint du fait de la probable importation de plasmodiums des pays voisins. Les moustiques transmettent la maladie, d’une personne infectée par le plasmodium à une personne saine. Il faut donc surveiller en tout temps les nouveaux cas de paludisme. C’est ainsi que les autorités de la Réunion de chœur avec la population prennent des mesures idoines pour empêcher les transmissions internes du paludisme. Pour cela, les médecins conseillent aux malades d’éviter de se faire piquer durant 7 jours au minimum. Bien que de façon concrète, ledit conseil puisse être quelque peu difficile à suivre à la lettre, il aide tout de même à limiter les risques de transmission dans l’entourage.

Désormais, on procède à un dépistage du paludisme au niveau des frontières du pays. De même, une sensibilisation des voyageurs est faite grâce à des affiches préventives dans les aéroports. En effet, les risques de transmission par les voyageurs même en escale sont pris en compte. Par ailleurs, des recherches hebdomadaires des nids de larves, pour une désinsectisation immédiate des zones à risque sont aussi organisées. Il a également été mis en place une agence régionale de la santé qui reçoit des appels de personnes ayant rencontré des foyers de moustiques. En pareille occurrence, une équipe est alors rapidement dépêchée sur les lieux pour mettre fin à ce congrès d’insectes suceurs de sang. (Source)

Comment les populations se protègent elles-mêmes du paludisme et des moustiques

Le maintien du niveau zéro de paludisme au sein de la population autochtone passe également par une protection autonome de celle-ci. Les réunionnais ont donc rapidement développé certaines astuces plutôt singulières pour se protéger des moustiques. On note par exemple le recours aux lézards (oui, vous avez bien lu !!) dans les jardins pour se gaver aisément des moustiques et protéger ainsi les familles de l’île. En effet, les jardins constituent de vrais nids à moustiques, surtout en période de pluie ou d’humidité. Les lézards ont donc largement de quoi se délecter tout en rendant service à la communauté. Plutôt sympa non ?

La deuxième précaution souvent employée est l’utilisation de grillages sur les portes et fenêtres pour limiter le défilé journalier des moustiques à l’extérieur des maisons. Egalement, un assainissement hebdomadaire des alentours des maisons se fait spontanément dans certains quartiers. Ainsi sont éliminées, les potentielles sources d’eau stagnante comme les pneus et boîtes de conserves usagers. Par ailleurs, l’eau en excès dans les pots de fleurs et non-absorbée par les plantes après l’arrosage ou les longues pluies est systématiquement vidée.

En outre, pour vous qui souhaitez passer vos vacances dans un département d’Outre-mer, il faudra penser à vous munir au maximum de lotions anti-moustiques. Ces mesures s’avèrent utiles aussi bien de jour que de nuit. En effet, les moustiques étant également très bien organisés disposent d’équipes nocturnes pour relayer leurs compagnons ayant assuré la garde en journée. Nul ne sait combien ils sont payés de l’heure mais ils sont quoiqu’il en soit toujours très motivés ! Enfin, n’oubliez pas de garder vos carnets de vaccination à jour, vu que la dengue et le chikungunya passent également de beaux séjours à la Réunion.

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